CORPS À CORPS
(la mise en page de ce quotidien n'est pas celle de la version officielle, html oblige...)

Le quotidien du championnat du monde de lutte gréco-romaine
Samedi 4 octobre 2003 - n°3

La tension monte

Le Palais des Sports Robert Oubron a connu quelques bouffées de chaleur. Jets de projectile, débordements, contestations, la tension était à son comble, hier, avec le début des quarts de finale. Et l'intensité est encore montée d'un cran avec l'opposition chez les 84 kg entre le Turc Yerlikaya, double champion olympique, et le Suédois Abrahamian, double champion du Monde. Le combat resta indécis jusqu'à la fin de la prolongation. Le corps arbitral a alors désigné Abrahamian vainqueur sur décision. Un choix contesté par la délégation turque qui a investi le tapis, avant d'être contenue par les agents de sécurité.
Gardner éliminé
En 66 kg, toujours en quart de final, le deuxième choc de la soirée est remporté par le Géorgien Kvirkvelia, médaillé de bronze à Moscou, vainqueur 7-3 du sextuple champion d'Europe, le Turc Eroglu.
Plus tôt dans la matinée, des têtes sont tombées. A commencer par l'immense Gardner, le champion olympique de Sydney, qui s'est incliné (0-3) face au Russe Baroev en 120 kg. Malgré l’absence du Russe Kareline, à qui Gardner avait ravi le titre à Sydney, et un très bon début de compétition avec trois victoires l’Américain n’atteindra donc pas la finale comme il en rêvait un an et demi après l’amputation d’un de ses orteils.
Un autre favori s'est laissé surprendre chez les 66 kg cette fois. Le Suédois Samuelsson, champion du monde, est battu par l'Arménien Galustyan, vainqueur en 2001. Dans la journée d'hier, il était également question de l'entrée en compétition des catégories 60, 74 et 96 kg. En 60 kg, Nazarian, champion du monde et champion olympique en titre, a effectué un début de compétition fracassant avec une victoire fleuve, 10-0. Le Bulgare semble au-dessus du lot et seul Monzon paraît en mesure de le détrôner. Pour cela, le Cubain devra remporter aujourd'hui son combat face à Djamel Aïnaoui, ce qui ne facilitera pas la tâche du Français. L'entrée en lice de Djamel Aïnaoui a en effet été peu glorieuse. Battu par le Russe Baraban, le Cristolien doit impérativement s'imposer largement aujourd'hui face au Cubain Mozon, médaillé de bronze à Moscou, pour espérer se qualifier dans la poule la plus relevée de la catégorie.
Côté français, malgré la défaite de Yannick Szczepaniak (photo) face à Mindaugas Mizgaitis en quarts de finale des 120 kg, le bilan reste positif. Igor Balaur (74 kg) et Cédric Théval (96 kg) se sont tous deux imposés dans leur premier match de qualification.
Pour le reste, les favoris n'ont pas loupé leur début en 74 kg. Les têtes d'affiche Khasaia et Azcuy ont fait un grand pas vers les quarts. Quant aux qualifications des 96 kg qui s'annonçaient très disputées, notamment dans le groupe 1, l'affrontement entre Mollov et Gaber, deux sérieux prétendants au titre, a tourné court, le Bulgare prenant le dessus sur l'Egyptien 3-0. Dans le groupe 2, le Turc Oezal, tenant du titre, l'a emporté (3-2) face à son premier adversaire, l'Israëlien Papiashvilly. On saura aujourd'hui, s'il hissera son niveau pour atteindre les quarts de finale.
Matthieu Brelle-Andrade

En bref

Malaise sur le tapis
Le coach de la délégation indienne, Andrzej Malima, a été victime jeudi d'une crise d'épilepsie juste après la défaite de son athlète Khatri Mukesh chez les 55 kg. Il a fallu moins de 10 minutes à la Croix Rouge française pour l'évacuer et le transférer à l’hôpital le plus proche. Il est maintenant rétabli

Bouras et ses amis
Djamel Bouras, champion olympique de judo, ancien membre de l'US Créteil, a rendu hier visite aux championnats du monde. "Je suis très content d'être ici. Les lutteurs sont des amis puisque nous nous entraînons tous à l'INSEP. Je connais bien Ghani Yalouz et les lutteurs de sa génération. J'aime ce sport car je suis conscient des efforts consentis.”

Expo photos
Des photos de lutte nigériane et turque à l'huile sont exposées dans l'enceinte du Palais des Sports et au Club 2003. Seuls les volontaires et les accrédités peuvent les observer. Le grand public a pu les admirer deux semaines avant à la Maison des associations de Créteil.

Anti-dopage
Aujourd'hui et demain, après les finales, les trois premiers de chaque catégorie devront se présenter au contrôle anti-dopage. Les médecins fédéraux pourront également pendant la compétition procéder à des contrôles inopinés.

Une famille en or
Unis dans la vie comme dans le sport, la famille Yalouz a le sens des affaires.Gani, l'entraîneur national fut médaillle d'argent au JO de1996 et a su faire fructifier sa notoriété, grâce à son frère Khalid, ex-gymaste, qui a lancé “Yalouz Sport”, une ligne de vêtement, en 1986. Basée à Besançon l'entreprise se développe à l'international. Elle tient un stand devant l'entrée du Palais des Sports.

Le propre en action
Entre 6 heures du matin jusque tard dans la nuit, les 9 personnes du service de nettoyage, employés municipaux détachés pendant les championnats par la Mairie de Créteil, effectuent un travail de titan : nettoyage des aires de lutte et des gradins, des vestiaires des douches, ainsi que le ramassage des poubelles .Entre midi et cinq heure, ils vérifient la propreté du stade afin d'assurer au public le confort d'un stade impeccable pour regarder la compétition.

Crêpes à gogo !
Les lutteurs aiment les crêpes, c'est le crêpier installé juste devant la Palais des sports qui nous l'a avoué! Qu'elles soient au sucre, au nutella ou à la confiture, les champions de toutes les nationalités se régalent à n'importent quelle heure de la journée ! Entre deux combats, il n'est pas rare de les voir se diriger vers le stand des crêpes pour les engloutir deux par deux. De toute façon, la pesée, est derrière eux.

Crios, le super bélier
Pendant les championnats, vous croiserez sûrement le bélier CRIOS, la mascotte du championnat du monde . Le nom de Crios est le résultat d'un concours organisé par l'USC afin de promouvoir les championnats du monde. D'ailleurs, en grec, Kryos signifie bélier.

Le T-shirt officiel s'arrache
Beaucoup d'agitation autour du stand de vente de tee-shirt! Le préféré des acheteurs est celui qui représente les deux lutteurs .Plus de 350 tee-shirts à l'image des sportifs en action se sont vendus. Une bonne surprise pour le vendeur, un commmerçant à la retraite, qui avoue être bientôt en rupture de stock pour cet article.

“Les jeunes montrent la voie”
Patrice Mourier, entraîneur de l'équipe de France

Quel bilan tirez-vous de cette deuxième journée ?
Patrice Mourier : "Je suis un peu déçu par la défaite de Yannick (Szczepaniak) en quarts de finale. Il était proche de la victoire. Il a payé son manque d'expérience en 120 kg. Depuis sa montée de 96 à 120 kg il y a un an, il n'a pas disputé plus de dix matches. Et il n'a que 22 ans. Quant à Djamel Aïnaoui (60 kg), il s'est fait surprendre en début de match contre le Russe Nicolaï Ibaraban. Il a fait ce qu'il fallait ensuite, mais c'est le sport. Le positif, ce sont les premières victoires de Cédric Théval (96 kg) et Igor Balaur (74 kg). Je compte sur eux pour se sortir des qualifications.
Combien de quotas olympiques espérez-vous à ce stade de la compétition ?
Nous en avons déjà deux (Yannick Szczepaniak et Mélonim Noumonvi). Je gardait espoir pour Djamel Aïnaoui. Il fallait qu'il gagne sans que Monzon, ne marque de point. Quant à Igor, il devrait décrocher son ticket facilement. Cédric aura, lui, fort à faire face à l'Ouzbek Aleksey Cheglakov.
Comment jugez-vous la performance de Mélonim Noumonvien 84 kg ?
Pas inespéré mais presque ! A 20 ans, il se hisse en huitièmes de finale et décroche sa place aux Jeux. Yannick et lui ont un formidable potentiel. Les jeunes montrent la voie aux anciens.

Les Irakiens à bon port

Annoncée à la dernière minute comme absente de ce championnat du monde, la délégation irakienne est parvenue à rejoindre Créteil in extremis jeudi soir. Premier représentant à entrer en lice d'une nation très attendue en raison des multiples rebondissements concernant sa venue, Ali Jassim, en 60 kg, n'a pas fait longtemps illusion face à l'Egyptien Mohamed Ashraf. 11 à 0 après 1mn30 de combat dans la 2e reprise. En 74 kg, Ahmed Wali perd son premier combat 6-2 avant de déclarer forfait sur blessure à la cuisse. Le troisième combattant irakien, Ali Salman, cède, lui, 5-1 face au Grec Thanos. Quelle que soit l’issue du combat qui l’oppose aujourd’hui à l’Albanais Elis, il ne passera pas le cap des éliminatoires. La sentence était donc sévère après un voyage éprouvant depuis Bagdad : dix heures de bus jusqu'à Aman en Jordanie avant de prendre un vol commercial pour Roissy.
Arrivés à 18h jeudi soir, soit plus de deux heures après le tirage au sort, les lutteurs irakiens n'auraient pas dû, d'après le règlement de la Fédération internationale, pouvoir rejoindre la compétition. Tenant compte du contexte exceptionnel, la FILA a néanmoins décidé de faire entorse à la règle et autorisé les retardataires à entrer en lice. Pour leur qualification aux Jeux olympiques d’Athènes, la FILA, qui a déjà financé le voyage et l'hébergement des huit membres de la délégation, a indiqué que les lutteurs irakiens pourraient bénéficier de cinq wild-cards.
Mikaël Pirat

Les bénévoles au four et au moulin

Ils sont partout, toujours disponibles et ravis d'être là. Ce sont les 170 bénévoles qui font tourner ces championnats du monde de lutte. Issus pour la plupart de l'US Créteil ou du monde de la lutte, mais aussi voisins de dirigeants fédéraux ou encore retraités, ils ont été choisis il y a déjà un an. " C'est le président de l'USC Lutte, Alain Bertholom qui nous a proposé de participer à l'organisation des championnats du monde. Faisant partie de la même association de cyclo touriste, c'est avec joie que nous avons accepté." expliquent Jean et Jacqueline au stand buvette intérieur. Les deux secteurs réunissant la majeure partie des bénévoles sont le secteur approvisionnement et le secteur sportif et logistique. Sur les dents entre dix et treize heures par jour entre 7 heures du matin et 21 h 30 pendant toute une semaine, ils n'ont reçu qu'un survêtement, un T-shirt et deux repas par jour en guise de défraiement mais seront payés longtemps de jolis souvenirs.
Juliette Obriot

Les arbitres en compétition

Les lutteurs ne sont pas les seuls à devoir se qualifier pour les Jeux olympiques. Les 80 arbitres présents lors de ce championnat sur les 120 de la liste officielle de la catégorie excellence arbitrant les trois styles de lutte sont aussi en compétition. La fédération internationale, par l'intermédiaire des membres de la commission internationale d'arbitrage les tient à l'oeil. Une dernière sélection aura lieu lors des prochains championnats d'Europe en 2004 en Suède, 60 d'entre eux iront à Athènes. 18 arbitres sont déjà désignés par la commission d'arbitrage mondial. Un quotas de 3 arbitres par pays est fixé par la FILA. Le Français Bruno Poutout est d'ores et déjà sélectionné, 4 français sont encore en lice dont une femme, représentant le développement de la lutte féminine. Tous les arbitres, de l'arbitre central au chef de tapis, qui est le responsable majeur, en passant par le juge sont notés lors des matchs. C'est donc un véritable combat pour ces anciens lutteurs qui souhaitent continuer à représenter leur pays dans les compétitions internationales et ainsi apporter leur expérience au service de l'arbitrage.
Lucie Décosse et Arnaud Drion

Abrahamian pour un triplé

Dans le regard d’Ara Abrahamian se lit une profonde détermination. Pas le temps de se disperser en déclarations superflues, l’homme préfère se concentrer sur la compétition. “ A Créteil, je dois me méfier de tout le monde, mais je n’envisage que la victoire ”. Né en 1975 en Arménie, Abrahamian débute la lutte à l’âge de 10 ans. En 1999, il fait le choix de représenter la Suède, son pays d’adoption, où il peut vivre de son sport. Dès lors, il obtient ses première places d’honneur en grands championnats, et décroche, en 2001 à Patras (Grèce), son premier titre de champion du monde des 76 kg. L’an dernier, il tente le pari de monter en 84 kg. Et avec quel succès ! Lors du championnat du monde 2002 à Moscou, il domine ses nouveaux adversaires et conquiert l’or mondial. “ Je me sens bien dans cette équipe de Suède, et notre réussite s’explique par la dureté des entraînements ”, confie le champion du monde.Hier soir à Créteil, Abrahamian afffrontait le double champion olympique turc Hamza Yerliskaya. Dans un combat très tendu, il a arraché sa qualification en demi-finale dans les toutes dernières secondes. “ En battant le Turc, il a fait le plus dur pour la conquête du titre, analyse Léo Myllari, son entraîneur. Maintenant, je ne vois pas qui pourrait le battre. ”
Camille Vandendriessche

Journal officiel du comité d’organisation du 48e championnat du monde de lutte gréco-romaine, réalisé par les étudiants de Sportcom, formation de l’Institut national du sport et de l’éducation physique (INSEP) et du Centre de formation des journalistes (CFJ).
Directeur de la publication : Alain Bertholom.
Rédaction en chef : Jean-Philippe Bouchard et Agnès De Féo.
Rédaction : Achille Bony, Matthieu Brelle-Andrade, Matthieu Canu, Jessica Cerival, Mélanie Chanvillard, Agathe Costes, Lucie Decosse, Arnaud Drion, Gwladys Epangue, Térence Joubert, Juliette Obriot, Mickaël Pirat, Laetitia Tchoualack, Camille Vandendriessche.
Traductions : Christopher Carling