CORPS À CORPS
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Le quotidien du championnat du monde de lutte gréco-romaine
Vendredi 3 octobre 2003 - n°2
La France tient son billet olympique
Plus de 170 matchs, une salle presque comble, des matchs très relevés, on ne pouvait rêver meilleure entrée en matière pour ce Mondial..
Parmi les grosses impressions de cette journée, le Cubain Lazaro Rivas, en 55 kg, a impressionné par sa facilité. Le vice champion olympique de Sydney a éliminé au passage l'américain Paulson, médaillé à Patras en 2001. Dominateur également, le Roumain Marian Sandu, champion d'Europe en titre, accède sans encombre au tableau final. Côté français première déception de la journée, Hamou Oubrik a perdu ses deux combats, il est éliminé.
L'issue est la même pour le représentant français en 66 kg. Philippe Bendjoudi est éliminé dès son premier combat perdu contre l'Ouzbek Kurbanov, ce dernier ayant remporté ses deux matchs de poule. Le champion d'Europe en titre, Seref Eroglu, n'a pas laissé un point à ses adversaires, assurant ainsi sa qualification.
C'est en 84 kg que l'on attendait le choc entre Aza Abrahamian, le Suèdois, double champion du monde en titre et l'Egyptien Abdelfattah. La logique a été respectée, le Suédois s'est imposé dans un match très physique. Il semble bien parti à la conquête d'une troisième couronne mondiale. La première satisfaction française vient de cette catégorie, Mélonin Noumonvi a arraché sa qualification pour les huitièmes de finale. Le Français a tout donné, emmenant son adversaire jusqu'aux prolongations. Il fait la différence grâce à un avertissement infligé au Kirghize.
Mais tout le monde attendait de voir les 120 kg, et notamment la confrontation entre le jeune Cubain Mijail Lopez et le Finlandais Juha Ahokas, champion d'Europe 2003. L'expérience a payé dans ce combat, c'est finalement Ahokas qui obtient son billet pour les quarts. Plus fort sur les tablettes, Lopez ne sera pas sur un podium mondial cette année. Le duel avec Gardner attendra, peut-être faudra-t-il attendre les Jeux pour ce match de titans.
Rulon Gardner s'est quant à lui qualifié facilement. Face à ces colosses, le jeune Français Yannick Szczepaniak aura fort à faire en quart de finale. En remportant ses deux matchs sans ciller, où il n'a encaissé qu'un seul point, il offre à la France son premier quota olympique.
Mélanie Chanvillard
Szczepaniak, la bonne surprise
Deux combats, deux victoires. En survolant sa poule de qualification, hier, Yannick Szczepaniak s'est propulsé en quart de finale des moins de 120 kg, intégrant ainsi le top 10, synonyme de billet pour Athènes. Dans sa première opposition de la journée, il domine le Chinois Ren, 3-1, puis il balaye le Néerlandais Kleive, 6-0. " Le plus dur reste à faire, insiste le jeune Français, j'espère que ce n'est qu'une étape ". Le vice champion d'Europe junior 2000, qui disputait ses septième et huitième combats dans la catégorie 120 kg, après avoir longtemps combattu en moins de 96 kg, sera opposé dès aujourd'hui au Lituanien Adomaitis en quart de finale. " Tout est possible, explique son entraîneur, Patrice Mourier. Le public jouera un rôle très important pour la suite de la compétition ".
Ils ont dit
Stéphane Traineau, médaillé mondial et olympique de judo : "C'est la première fois que j'assiste à une compétition de lutte, je constate un grand engagement physique et une dureté dans les combats".
Henri Sérandour, président du CNOSF: "La tradition d'hospitalité française est respectée, avec un grand nombre de nations participantes. Et l'organisation est très bonne, un point très positif pour la candidature de Paris aux Jeux de 2012".
Ghani Yalouz, entraîneur de l'équipe de France: "Ce qu'a fait Yannick (Szczepaniak), seuls Patrice Mourier et moi y croyions. Il décroche sa qualification pour les Jeux Olympiques à seulement 21 ans, alors que le faire passer des 96 kg aux 120 kg était un vrai pari. Demain, en quarts, il affronte un Lituanien tout à fait prenable et il doit se qualifier en demi-finale. Mélonim (Noumonvi), lui, devra se bastonner à fond pour gagner son ticket pour les Jeux. Il rencontre le champion du monde 2001, le Géorgien Murhan Vakhtangadze. Avec son potentiel, il en est capable. Surtout, je tiens à ce qu'il ne voit personne avant le match pour qu'il garde la pression. Il n'a pas fini. Il doit profiter de la super dynamique du groupe. Je tiens à rendre hommage à Philippe Benjoudi qui s'est battu comme un vrai lutteur alors qu'il est blessé à la cheville. Pour lui, ce n'est que partie remise".
Philippe Benjoudi, France (66 kg, éliminé) : "J'ai vraiment apprécié le soutien du public mais j'étais handicapé par ce problème à la cheville. Il faudra que je me batte jusqu'au bout pour gagner ma place aux Jeux dans les tournois de qualification".
Hamou Oubrick, France (55 kg, éliminé) : "J'ai perdu deux rencontres difficiles ce matin car je suis resté passif. Ce n'est pas mon premier championnat du monde, et j'aurais bien aimé décrocher une médaille devant mon public. Je garde espoir pour ma qualification aux Jeux".
Un sport ancré à l'est
Après la seconde guerre mondiale, l'URSS s'est rapidement affirmée comme la nation numéro un de la lutte gréco-romaine. A son éclatement, en 1989, les écoles de lutte russe se sont dispersées un peu partout dans les pays dans l'ancien bloc communiste. Ouzbékistan, Géorgie, Turkménistan, Kazakhstan
. Autant de nations régulièrement placées sur les podiums olympiques ou mondiaux. Aux derniers JO, en 2000 à Sydney, les pays d'Europe de l'est ont raflé dix des vingt-quatre médailles distribuées. La raison de cette écrasante domination ? En Russie, la culture de la lutte est très intense, cette école est à l'image de celle que l'on peut trouver au Japon en judo. Il arrive que certains athlètes occidentaux, asiatiques ou même africains volent la vedette aux lutteurs d'Europe de l'est, mais leur vivier ne diminue jamais, chaque année un nouvel athlète arrive et est aussi fort que les précédents. De nombreuses stars ont marqué et marquent encore la lutte gréco-romaine. A commencer par le Russe Alexandre Kareline, le plus grand champion que ce sport ait connu. Dans la catégorie des moins de 130kg, il a tout gagné : Jeux Olympiques, championnats du monde, championnats d'Europe
Sa carrière a été stoppée en finale des Jeux Olympiques de Sydney, en septembre 2000, par l'Américain Rulon Gardner. Un colosse venu du Wyoming, chef de file de cette nouvelle vague de lutteurs qui ose dès à présent défier les athlètes de l'ancien bloc soviétique.
Térence Joubert
La pesée, un moment clef
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la pesée nécessite une grande préparation. Il ne faut en aucun cas dépasser le poids réglementaire de sa catégorie. Il n'est donc pas rare de voir des lutteurs courir, faire du vélo, la veille de leur compétition dans leur ensemble blouson-bonnet-pantalon, ou transpirer au sauna afin de perdre les derniers grammes superflus.
Mais c'est avant tout un travail de longue haleine. " Le régime commence bien en amont, le dernier jour les lutteurs ne perdent que de l'eau ", confie Michel Lafon, le DTN adjoint. Dans un sport où la masse joue un rôle important, les lutteurs ont en général un poids " naturel " bien supérieur à la limite de leur catégorie. Ghani Yalouz, vice champion olympique à Atlanta, aurait ainsi perdu jusqu'à 17 kg. "Une des pertes de poids les plus importantes que j'ai vues", précise Michel Lafon.Cette contrainte nécessite un suivi médical, toutes les équipes comptent dans leur staff médical un diététicien.
Le moment de la pesée est aussi celui de l'entrée en compétition. " Les lutteurs s'observent et sont déjà tous concentrés, le stress est pesant", assure Michel Lafon. Un stress qui peut même parfois faire oublier la pesée, si on en croit la mésaventure du vice champion olympique français de Mexico, Daniel Robin. Il était arrivé en retard lors d'une pesée, hypothéquant ainsi ses chances de combattre.
Une fois pesé, les lutteurs peuvent boire et manger à leur convenance et reprendre ainsi du poids, la compétition se déroulant sur trois jours, sans nouveau passage sur la balance. La FILA a en effet abandonné le système de pesée quotidienne en vigueur auparavant, très éprouvante pour les organismes.
Mélanie Chanvillard et Arnaud Drion
Le Mondial en chiffres
Plus de 10 000 spectateurs.
70 pays, représentants 5 continents.
343 lutteurs, à transporter, héberger et nourrir (plus de 14000 repas servis !).
Plus de 200 accompagnateurs (entraîneurs, médecins, chef de délégations
)
70 arbitres repartis sur les 8 tapis.
7 titres mondiaux décernés, dans les catégories 55, 60, 66, 74, 84, 96 et 120 kg.
3 chaînes de télévision couvrent la compétition en France : TF1, France Télévisions, Eurosport.
150 journalistes accrédités.
170 volontaires, maillons indispensables, ils apportent l'énergie et les compétences nécessaires à la compétition.
300 clubs et 13 500 licenciés, le poids de la lutte en France.
Un week-end à guichets fermés
Le Palais des Sports est complet pour le week-end. " Nous avons même refusé cinquante entrées à la délégation russe ", précise Fanny Gai, la directrice du comité d'organisation. 1.700 personnes sont attendues par demi-journée pour samedi et dimanche, soit 6.800 spectateurs en deux jours. Explication : le comité d'organisation a facilité l'accès aux licenciés de la fédération française de lutte et aux jeunes des associations de Créteil. Une réduction de 20% leur a été consentie, entre novembre 2002 et mars 2003, une période où ils avaient l'exclusivité de l'achat des places. Ensuite, la vente de billets a été ouverte au grand public sur les réseaux France Billet, Ticketnet et dans les points de vente habituels (Fnac, Auchan,
). " Nous voulions que cette compétition soit accessible à tous, c'est pour cela que nous avons mis en vente les billets assez tôt ", ajoute Fanny Gai. Pour tous ceux qui sont déçus de ne pas avoir de place pour le week-end, il est toujours possible de consulter sur le site Internet de la compétition, www.creteil2003.uscreteil.com, la "bourse aux billets".
Juliette Obriot
En bref
Buvette
L'organisation de l'U.S. Créteil a mis à la disposition des spectateurs et des participants une buvette, ainsi qu'un stand de souvenirs, situés dans le hall d'entrée du Palais des Sports.
Transport
Chaque délégation a la possibilité de s'entraîner à l'Insep, dans le bois de Vincennes. C'est aussi à cet endroit que les pesées sont effectuées. La compétition se déroulant au Palais des Sports, l'US Créteil en association avec la RATP a donc mis des navettes à la disposition des athlètes.
Un absent de marque
Le triple champion olympique russe Alexandre Kareline, désormais retiré des tapis, n'est pas présent à Créteil. Un moment annoncé, il n'a pas répondu à l'invitation des organisateurs du Mondial.
Attention aux poils...
La veille des combats, les lutteurs peuvent être disqualifiés lors de la pesée. Le jour J, ils peuvent l'être à cause de leur... rasage ! La barbe de trois jours provoquant des frottements désagréables pour l'adversaire, ils leur faut choisir entre un rasage de près, ou une barbe avec des poils suffisamment longs.
Tout l'Insep avec les Français
Ne l'oublions pas, la plupart des lutteurs français de l'équipe de France s'entraîne à l'Insep, où ils fréquentent quotidiennement des athlètes d'autres disciplines. Pas étonnant, donc, qu'on ait pu voir certains de leurs collègues d'entraînement, dans les tribunes, encourager de la voix l'équipe de France.
Les petits supporteurs de Créteil
Trois classes de l'école primaire Albert-Camus de Créteil sont venus encourager les lutteurs français. Habitués aux tournois de lutte, ils ont répondu présents à l'invitation de l'US Créteil pour le championnat du monde. Une bonne manière de mettre en application les leçons de non-violence dans le sport inculquées par leurs enseignants.
Djamel Aïnaoui, la meilleure carte française
Troisième l'an passé aux championnats d'Europe, le Nordiste rêve d'un titre.
Quand on demande aux jeunes ce qu'ils pensent de Djamel Aïnaoui, ils répondent sans aucune hésitation "Tranquille, marrant, cool". Pour ses collègues d'entraînement, c'est un "Excellent capitaine, un leader exceptionnel, notre seule médaille européenne". Quant aux entraîneurs, plus précisément Sébastien Chambinaud, son coach à l'US Créteil, il n'a plus de mot pour définir le sérieux du lutteur. Un sérieux qui l'a même conduit à s'entraîner avec un coach étranger, pour perfectionner ses attaques au sol, son point faible. Debout, personne ou presque, ne peut terrasser le Français. Quant à l'intéressé, il répond en toute simplicité qu'il est d'accord avec tout ce que ses proches ou ses amis ont pu dire de lui. Vice-champion d'Europe en 1997, chez les moins de 60 kg, troisième l'an passé, Djamel Aïnaoui représente la meilleure chance de médaille française à Créteil. La lutte, ce Nordiste de 28 ans en a hérité très jeune. Son frère aîné, Farid, et son oncle, ont pratiqué la lutte. Une tradition familiale, transmise de génération en génération. A Créteil, le "clan" Aïnaoui est d'ailleurs présent en masse. Djamel Aïnaoui a même confié au journal L'Equipe que tous les membres de sa famille seraient au rendez-vous pour assister aux exploits du fils prodigue.
Jessica Cerival
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Journal officiel du comité dorganisation du 48e championnat du monde de lutte gréco-romaine, réalisé par les étudiants de Sportcom, formation de lInstitut national du sport et de léducation physique (INSEP) et du Centre de formation des journalistes (CFJ). |