CORPS À CORPS
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Le quotidien du championnat du monde de lutte gréco-romaine
Jeudi 2 octobre 2003 - n°1

Sommaire
Créteil est d'attaque
Le choc du jour p.2
Les sept prétendants
Les objectifs des Français
Rulon Gardner en reconquête

Action ?

La lutte française en rêvait depuis longtemps. Jusqu'à dimanche, la ville de Créteil accueille le 48e championnat du monde de lutte gréco-romaine.

Quand les présidents de la Fédération française de lutte (FFL) et de l'US Créteil dînent ensemble, les idées fleurissent. Tout a commencé un soir de novembre 1999, un peu comme un jeu, un pari : celui de promouvoir la lutte en France en organisant un championnat du monde. Jean-Michel Brun, président de la FFL, Camille Lecomte, président de l'US Créteil omnisports, et Alain Bertholom, président de la section lutte du club cristolien, se lancent un défi : organiser le Mondial de lutte gréco-romaine à Créteil.
Le 10 mai 2001, après un vote du bureau de la Fédération internationale, le championnat du monde 2003 est attribué à la France. Les autres candidats étaient l'Allemagne, la Pologne et la Slovénie. A partir de ce moment, les manifestations de promotion se multiplient : la ville de Créteil, soucieuse d'être à la hauteur de l'événement, organise diverses animations, notamment auprès des écoles et de l'Union nationale du sport scolaire (UNSS), à l'occasion de tous les championnats de lutte en France et même lors du championnat d'Allemagne.
“Différentes manifestations ont été mises en place autour de l'événement afin de séduire le grand public et de développer ce sport à tous les niveaux”, explique Alain Bertholom, président du comité d'organisation de Créteil 2003. Pendant deux ans, la ville de Créteil a mis à la disposition de l'organisation un local situé dans le quartier du port. Les bureaux des sept permanents y étaient installés. Environ 200 bénévoles ont apporté leur contribution afin que la compétition soit un succès.
“Nous avons tous ressenti une immense joie en apprenant que la compétition aurai lieu ici mais nous savions que les difficultés commençaient”, avoue Alain Bertholom. Le souci principal de l'organisation a été la capacité d'hébergement. Le comité d'organisation aurait souhaité loger les différentes délégations (plus de 1000 personnes) dans une cité universitaire, comme cela avait été le cas pour les championnats du monde d'athlétisme organisé à Paris en août 2003. Cela n'a pas été possible, d'autant que le cahier des charges précisait que les délégations devaient être logées dans des hôtels deux étoiles.
Au problème de l'hébergement s'est ajouté celui des transports. Ce championnat délivrant des quotas pour les Jeux Olympiques, plus de 60 nations y sont représentées et sont hébergées dans différents hôtels de la région de Créteil. Cela complique l'organisation du système des navettes. A cela s'ajoute le problème des embouteillages et de l'adaption des horaires de transport aux exigences des uns et des autres. Mais malgré les difficultés rencontrées, quel meilleur moyen de promouvoir la lutte que de relever ce défi. Pour que la fête soit complète, la ville de Créteil espère que les lutteurs français brilleront devant leur public, tout particulièrement Djamel Aïnaoui, membre de l'US Créteil.
Juliette Obriot et Achille Bony

Les sept prétendants

Présentation de sept “grands” de la lutte mondiale qui embraseront le Palais des sports.

Pour eux, pas le droit à l'erreur. Ils ont beau afficher un palmarès bien fourni, l'élite mondiale de la lutte gréco-romaine les attend au tournant. A commencer par l'Américain Rulon Gardner, en lice dès aujourd'hui chez les 120 kg. Champion du monde des 130 kg à Patras (Grèce) en 2001 - les catégories de poids ont été remodelées en 2002 -, il est surtout celui qui, en finale des Jeux Olympiques de Sydney, en 2000, a infligé au " Maître " Alexandre Karéline sa première défaite depuis treize ans. Figure de proue de l'équipe suédoise, Ara Abrahamian, 27 ans, est également donné favori dans sa catégorie. Champion du monde des 76 kg à Patras en 2001, l'ancien Arménien a célébré sa récente montée en 84 kg par une nouvelle victoire mondiale à Moscou en 2002. Face à lui, le Turc Hamza Yerlikaya, double champion olympique en 1996 et 2000, constitue une sérieuse menace. Début de réponse aujourd'hui, lors des éliminatoires.
Chez les plus légers, les 55 kg, l'homme à battre est le jeune Iranien Hassan Rangraz, champion du monde en 2001. Seulement 3e l'an dernier à Moscou, il menait 9-0 en demi-finale quant une grossière erreur de sa part donna la victoire à son adversaire. Champion du monde junior cette année, Rangraz est considéré comme le futur cador de la lutte mondiale. A lui de prouver dès aujourd'hui qu'il mérite ce statut. Triple champion d'Europe en titre, le Turc Seref Eroglu tentera à 27 ans de renouer avec l'or mondial chez les 66 kg. Champion du monde en 1997 alors qu'il n'avait que 21 ans, il dut se contenter de la place de dauphin les deux années suivantes. Demain, trois catégories feront leur apparition sur les tapis cristoliens. Chez les 60 kg, la victoire du Bulgare Armen Nazarian est attendu par tout le monde. Double champion olympique (1996 et 2000) et champion du monde en 2002, il n'affiche pas moins de six titres européens à son compteur. Le dernier, conquis cette année à Belgrade, témoigne de son excellent état de forme.
La catégorie des 96 kg laisse quant à elle beaucoup plus de place aux surprises. Un homme, pourtant, sort du lot : le Turc Mehmet Oezal, champion du monde en titre et 3e en 2001. Enfin, en 74 kg, l'expérience du Cubain Filiberto Ascuy, sextuple médaillé mondial, pourrait bien faire la différence. Double champion olympique (1996 et 2000) et champion du monde 2001 des 69 kg, cet enseignant de 30 ans devra affirmer sa suprématie après une décevante 3e place l'an passé.
Camille Vandendriessche

France : un objectif raisonnable

Les tricolores visent une médaille et trois places pour les Jeux olympiques.

En choisissant une ville “bénéficiant d'une culture lutte” pour organiser le championnat du monde, la fédération française misait sur une atmosphère favorable à ses lutteurs. Même si ceux-ci combattent à domicile et sous les yeux de connaisseurs, leurs chances de podium semblent assez limitées. L'objectif des Bleus est donc de bien gérer la compétition pour accrocher une place dans les dix premiers, synonyme de billet pour les Jeux olympiques d'Athènes, en 2004. L'encadrement de l'équipe de France espère qualifier directement trois lutteurs et décrocher un podium. “La tâche sera rude pour nos représentants, admet Charles Dumont, le directeur technique national. Néanmoins, ils abordent la compétition avec une farouche détermination et une envie de prouver leur valeur.”
Et l'envie sera toute particulière pour Djamel Aïnaoui, sociétaire de l'US Créteil. Face à son public, le médaillé de bronze du championnat d'Europe 2002 chez les 60 kg devra se montrer à la hauteur de son statut de leader de la délégation française. Les entraîneurs nationaux, Ghani Yalouz et Patrice Mourier, évoquent avec ambition une médaille pour le régional de l'étape : " Djamel est notre plus grande chance de médaille car il sait répondre présent lors des grandes échéances, affirme Ghani Yalouz, mais sa catégorie est très relevée, avec notamment l'Arménien Nazarian, champion olympique. “L'équipe de France comptera aussi sur Igor Balaur (en 74 kg), cinquième au championnat d'Europe et qui a disputé la compétition en 1999 sous le maillot moldave. Dans des catégories au niveau très relevé, Cédric Theval (en 96 kg) et Philippe Bendjoudi (en 66 kg) peuvent profiter d'être en France pour obtenir une place à Athènes. Les deux jeunes Yannick Szczepaniak (en 120 kg) et Melonim Noumonvi (84 kg) abordent leur premier grand rendez-vous chez les seniors. Enfin la performance d'Hamou Oubrick (en 55kg), décevant lors du dernier Mondial, sera suivie avec une attention particulière.
Matthieu Brelle-Andrade

En bref...

La cérémonie d'ouverture du Mondial, hier soir, a été honorée de la présence de nombreuses personnalités dont Raphaël Martineti, président de la FILA, Laurent Cathala, député-maire de Créteil, Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Ile de France, Christian Favier, président du conseil général du Val De Marne, Marie-Claire Restoux, conseillère aux Sports auprès du président de la République, Henri Serandour, président du CNOSF et Jean-Richard Germont, directeur de l'INSEP.

Il n'y aura pas de participants irakiens au championnat du monde. La raison officielle n'est pas connue.

Le Moldave Vasile Luca ne disputera pas la compétition en 55 kg. Recalé à la pesée pour 50 grammes, il a tenté en vain de s'alléger, allant même jusqu'à emprunter un maillot iranien, plus léger.

Les équipes de sécurité effectuent deux fois par jour une opération de déminage dans l'enceinte du Palais des sports.

Dans le vif du sujet

La première journée de compétition réserve quelques duels alléchants

Les matches de poules de jeudi proposeront quelques chocs alléchants, à l'image du duel Abrahamian-Abdelfattah en 84 kg et de l'affrontement entre le champion olympique polonais Ryszard Wolny et le champion du monde kazakh Mikkhitar Manoukian en 66 kilos. C'est ce qui ressort des tirages au sort des quatre catégories qui entrent en lice dès aujourd'hui, tirages effectués hier soir à l'Insep. Côté français, Ghani Yalouz, l'entraîneur national, restait prudent : ses lutteurs n'ont pas des tableaux faciles.
En 120 kg, la rencontre entre Rulon Gardner (USA) et son tombeur cubain des Jeux panaméricains, Mijail Lopez, attendra plus tard. Gardner devrait normalement se sortir des éliminatoires. Par contre, Lopez affronte dès aujourd'hui Juha Ahokas (Finlande), champion d'Europe 2003. Le Français Yannick Szczepaniak est dans une poule qui semble ouverte. La première place l'emmènerai directement en quart de finale.
Dans la catégorie des 84 kg, son compatriote Mélonin Noumonvi devra se défaire d'un Colombien et d'un Kirghize pour espérer disputer les huitièmes de finale. Ara Abrahamian (Suède) et Mohamed Abdelfattah (Egypte), respectivement premier et troisième du dernier Mondial, se retrouvent dans la même poule : le choc s'annonce terrible.
Dure journée en perspective pour Philippe Bendjoudi, en 66 kg. " Il a un tableau difficile et cela dès la poule : il rencontre un Ouzbèke, Kourbanov, dont la lutte fait mal et qui est très dangereux ", confie Ghani Yalouz. Inquiet, l'entraîneur français l'est toujours quand il se penche sur le tableau des 55 kg, où Hamou Oubrik sera confronté à un solide Suédois, Kim Holk.
Pour la délégation française, l'heure de vérité a sonné : " On va voir si notre préparation, loin de la pression, a été bénéfique. Il ne faut plus se poser de question et rentrer tout de suite dans les combats ", conclut l'entraîneur national.
Mélanie Chanvillard

Mode d'emploi : au terme des tours préliminaires qui débutent ce matin, le premier de chaque poule sera qualifié pour le tableau d'élimination directe. Les autres seront éliminés, sans repêchage. Suivant le nombre de poules, certains lutteurs qualifiés pourront être exemptés de huitième de finale. Les dix premiers de chaque catégorie obtiendront leur billet pour les Jeux olympiques d’Athènes, en 2004. Pour les autres, des tournois de qualification seront organisés.

Parce que Créteil le vaut bien

Vingt-neuf mois, bientôt, que Créteil peaufine l'organisation de “son” Mondial. Depuis le 10 mai 2001 plus précisément et l'annonce officielle de sa nomination par la Fédération internationale de lutte amateur (FILA). Une éternité pour certains, qui espéraient depuis longtemps déjà que la ville se lance dans cette aventure. A 12 kilomètres de Paris, Créteil, 88 000 habitants, préfecture du Val-de-Marne, est réputée pour son centre hospitalier universitaire Henri-Mondor, son centre commercial de 70 000 m2, Créteil Soleil, ainsi que son université Paris XII, qui accueille plus de 14 000 étudiants.
Mais ce dont Laurent Cathala, le député-maire, est aujourd'hui particulièrement fier, c'est le dynamisme et la richesse de la vie sportive dans sa commune. “Elément fort de l'identité cristolienne”, selon le maire, le sport y “tient une place prépondérante” grâce à des équipements modernes, mais surtout à un club moteur, l'US Créteil, organisateur du championnat. Pas moins de 7 200 licenciés de tout âge ont choisi d'y pratiquer l'une des 29 disciplines proposées. Pas étonnant, donc, que Créteil ait été, en 1987, désignée “Ville la plus sportive de France”, et cette année à nouveau, récompensée par une deuxième place.
Dans cette cité pleine de vitalité, la lutte a bien évidemment trouvé une place digne de ce nom. Créée en 1981, l'US Créteil Lutte, avec ses 120 licenciés, est l'un des clubs français les plus performants, et ce à plusieurs titres. Avec quatre victoires aux championnats de France N1, des grands noms qui ont porté le maillot du club tels Patrice Mourier (champion du monde en 1987), Stéphane Sarkissian (vice-champion olympique à Séoul en 1988) ou encore Valentin Getzov (3e aux Jeux de Barcelone en 1992), l'USC possède un palmarès éloquent. Et croise les doigts pour que son fidèle représentant Djamel Aïnaoui (60 kg), vice-champion d'Europe en 1997 et 3e en 2002, s'invite, à domicile, sur le podium mondial.
Dans un autre registre, le club se montre également parfaitement rôdé dans l'organisation de rencontres internationales. La salle Robert-Oubron peut s'enorgueillir d'avoir un jour accueilli un match France-Italie, un France-Etats-Unis, les Internationaux de France de lutte gréco-romaine, ainsi que le Trophée européen des clubs champions.
Et puis il y a ce fameux tournoi international, la “Cristo-Lutte”, le “bébé” de l'US Créteil. Né en 1995 et organisé chaque année par le club, il rencontre un succès grandissant en France et dans le monde entier. C'est peut-être aussi pour cet esprit d'initiative que Créteil mérite bien son Mondial.
Camille Vandendriessche

Rulon Gardner en reconquête

L’Américain tentera à Créteil de remporter un deuxième titre mondial des moins de 120 kg.

Issu d'une famille de neuf enfants, Rulon Gardner a grandi dans la ferme familiale de Star Valley, dans le Wyoming. D'abord tenté par le football américain, il a finalement choisi de se consacrer à la lutte gréco-romaine, discipline qu'il pratique depuis l'âge de 6 ans. L'histoire lui a donné entièrement raison, puisqu'il fait aujourd'hui partie des lutteurs les plus connus du circuit.
Champion du monde à Patras en Grèce en 2001, il entre en lice aujourd'hui sur les tapis du palais des sports Robert-Oubron pour tenter de reprendre le pouvoir dans la catégorie des moins de 120 kilos. Sa victoire aux Jeux Olympiques de Sydney, en 2000, face au légendaire Russe Alexandre Karéline, avait permis aux Etats-Unis de s'affirmer en lutte gréco-romaine, alors qu'ils n'étaient performants jusqu'alors qu'en lutte libre. Dan Chandler, l'entraîneur de Rulon Gardner, avait affirmé quelques instants après le titre olympique de son élève qu'il s'agissait d'un jour historique pour la lutte américaine.
L'an passé, le titre mondial des 120 kilos a été remporté par un autre Américain, Dremiels Byers. Une chose est sûre : par son exploit face à Karéline, Rulon Gardner a montré le chemin de la victoire à ses compatriotes. Il participe aujourd'hui à son premier grand championnat depuis deux ans. Amputé d'un orteil après un grave accident de motoneige, le champion n'avait pu participer aux championnats du monde de Moscou, en 2002.Victorieux des sélections américaines devant Dremiel Bryers, il part aujourd'hui à la conquête d'un nouveau titre mondial et des Jeux Olympiques d'Athènes, en 2004. Afin de ne plus " seulement " être considéré comme le tombeur d'Alexandre Karéline, mais bien comme un champion hors pairs.
Matthieu Canu et Térence Joubert

Journal officiel du comité d’organisation du 48e championnat du monde de lutte gréco-romaine,
réalisé par les étudiants de Sportcom,formation de l’Institut national du sport et de l’éducation physique (INSEP)
et du Centre de formation des journalistes (CFJ).
Rédaction en chef : Gilles van Kote et Agnès De Féo
Service organisation : Antoine Gouedard-Comte, Achille Bony et Juliette Obriot,
Service équipe de France : Matthieu Brelle-Andrade, Jessica Cerival et Laetitia Tchoualack
Service international : Camille Vandendriessche, Matthieu Canu et Térence Joubert
Service résultats, guide pratique : Mélanie Chanvillard, Arnaud Drion, Gwladys Epangue et Lucie Decosse
Service photo : Matthieu Brelle-Andrade, Jessica Cerival et Térence Joubert
Maquette : Mikaël Pirat, Agathe Costes, Antoine Gouedard-Comte et Lucie Decosse
Nous remercions l’U.S Créteil pour son soutien logistique